Personnage extrêmement peu développé par George Sand, le professeur Mellifiore est une sorte d'antagoniste du Porpora à Venise. Tous deux sont professeurs de musique, mais du peu que nous dit l'écrivaine du second personnage, c'est bien tout ce qui les rapproche.

Lorsque Porpora refuse de former Anzoleto, sous le prétexte qu'il est "trop avancé", malgré la recommandation expresse du comte Zustiniani, ce dernier envoie son protégé chez le professeur Mellifiore, qui, du moins en apparence, le conduit "à l'entier développement de ses qualités brillantes" (I,3). Déjà là, pour quiconque relit Consuelo ou a un petit sens musical, l'énumération exaggérée de traits et d'ornements musicaux comme cadences, trilles, grupetti (considérés plus tard par le Porpora comme des agréments frivoles et non révélateurs d'un véritable génie) peut sembler suspecte.

Mais c'est lors de la scène d'épreuve d'Anzoleto devant une salle remplie d'aristocrates, avant ses débuts au théâtre de Zustiniani, que la différence devient flagrante entre les deux maîtres de musique. Alors que le Porpora reste farouchement opposé et étranger à toute mondanité, méditant dans son coin la fameuse sentence mi-figue, mi-raisin, mais beaucoup plus honnête que les compliments des autres, sur Anzoleto, qu'il lui sortira peu après, le professeur Mellifiore, "galant professeur", se "pavane auprès des femmes, s'attribuant tout l'honneur du succès d'Anzoleto"  et salue "tous les hommes avec souplesse pour remercier jusqu'à leurs regards" (I,4). Par ces deux phrases, qui concluent aussi l'apparition du personnage, Sand nous dépeint un homme servile, empressé auprès des femmes, et vaniteux - tout le contraire du professeur de Consuelo, sévère, connu pour son terrible franc-parler, et plutôt de mauvais caractère (on l'imagine mal se pavaner auprès des femmes...)

Je n'ai pu trouver à Mellifiore aucune source historique ou littéraire, le personnage semble sorti de l'imagination de Sand. Si cela devait changer, cet article sera mis à jour.